Le transfert n'est jamais qu'une manière de retour.
La suite de ce blog a désormais lieu ici.
samedi 16 juin 2007
Mise à jour
jeudi 14 juin 2007
Soufflé
Et si le cinéma post-moderne, non seulement déconstruit mais cherchant à l'être toujours davantage, non seulement polyphonique mais espérant en sus le supplément d'âme de la cacophonie, non seulement symboliste à outrance mais s'acharnant à vider chaque signe d'un sens trop univoque, n'était pas avant tout de l'esprit de sérieux maquillé en désordre baroque, du labeur pointilleux et de la convention autoritaire faussement désorganisés, du chaos patiemment conçu ?
Et si Dominik Moll était la vérité de David Lynch ?
mercredi 13 juin 2007
Tueurs de drames
Un tout petit plan au début de Ladykillers des Coen, concentre leur style et en donne, si l'on peut dire, la clé. De lents et courts travellings latéraux décrivent l'intérieur d'un commissariat. S'approchant d'une cellule vide dont la clé est dans la serrure, la caméra effectue un léger écart sur la gauche qui montre alors le trousseau de profil, éclairé de telle manière qu'une toile d'araignée luit, à peine une seconde dans le mouvement qui se poursuit en semi-pénombre. Tout est dit sur l'atmosphère de la petite ville qui sera bientôt, si l'on en croit le titre, le théâtre d'opérations violentes.
La brillante manière des Coen, ce pourrait (n') être (que) cela, de brefs changements d'angle, de focale ou de ton, au sein d'un mouvement ostensiblement fluide, qui remplaçant l'insert ou le contrechamp, viennent intégrer au cadre ce qui le métaphorise ou bien le contredit, non par cynisme mais bien par souci de synthèse ou d'équilibre.
Ce que le cinéma classique faisait dans l'harmonie de séquences inter-dépendantes, le formalisme le mêle jusqu'à l'absurde, le concentre jusqu'à l'explosion, dans quelques images oxymoriques ou ciblées, modernes en somme.
mardi 12 juin 2007
Portrait de groupe, avec linceul
Il est beau, l'homme moderne.
Il vaque, avec ses lamentations en point d'orgue, parfois quelques réprimandes en suspens. Il fait de ses errances un sujet de thèse dont il ne sait sortir.
Il a lu Nietzsche mais pleure en écoutant Dassin. Il se dépense tel un guerrier, avide cependant d'être tourné en tous sens sous les doigts experts d'une quelconque groupie.
Ses ennemis l'encerclent jusqu'à ce qu'il les accueille d'un sourire faux. Ses proches le fuient à force de graals fendus. Ses pairs s'empressent de se démarquer de sa fougue comme de sa nonchalance.
Tantôt rêveur solitaire et tantôt les mains dans le moteur, bras dessus-bras dessous avec les enthousiastes qui rameutent en tout lieu leur tribu, il prend position mais après plusieurs verres.
Trop lu les compte-rendus et les commentaires composés sur tout ce qu'il n'aura plus jamais le temps de lire, trop entendu la langue de coton, les mots doux et les verbes définitifs, trop discouru sur la culture-buzz qui lui sert d'échine.
Il est fier, l'homme moderne, des droits qu'il a distribués, ou plutôt qu'il a dépoussiérés car ils étaient là, universels et imprescriptibles, attendant son règne pour se déposer à nouveau, tels des dons, sur le front auréolé de sueur de chaque garnement, de chaque citoyen, de tout humain, animaux compris.
Face aux Anciens, aux classiques, aux quatre vents, il formalise et s'emporte. A la femme dont le parfum passe, il s'empresse de fouiller la mémoire pour mieux en goûter les oripeaux encore tièdes, ceux dont elle se pare.
Il veut des gâteries, s'inquiète de leur venue tardive, se réjouit à peine de leur imminente arrivée. Il s'acharne à reconnaître dans chaque déclamation d'autrui ce qu'il pense, mais il n'a pas à beaucoup chercher : tout le monde pense ainsi, dans les camenberts et les segments, statistiquement vus en téléréalité.
Ses chefs titubent entre raouts et parties, l'haleine aigre et la démarche vive, volontaires comme jamais, maffieux mais républicains, achetés mais démocrates, pourris élus.
Ses maîtres à penser soignent leur mise tout en réfléchissant, sous les houpettes des maquilleuses, à leur futur cinglant éditorial. Ils baillent presque d'ennui avant de tressaillir entre les lèvres d'une étoile montante, d'un jeune espoir, d'un candidat.
Il est partout l'homme moderne. Tour à tour, il se repent et réclame, s'insurge et se vend, se moque et s'humilie, mais au moment opportun, jamais en contre-sens et toujours en bande. Les inactuels et les singuliers sont légions, huant les moutons que plus personne cependant ne distinguent, bombant le torse sur leur blog-marigot ou leur roman-fleuve, dans leurs critiques de criquets et leurs listes jamais vraiment noires, rescapés volontaires de leurs souveraines paraphilies, baudruches anti-modernes avalant tant et plus l'air du temps.
Il a gagné, l'homme moderne. S'en distinguer, c'est le rejoindre et se camoufler, l'adouber.
lundi 11 juin 2007
Les trésors
Croire que le cinéma est supérieur aux arts plastiques parce qu'il s'extrait de leurs dimensions est proprement insensé. La surface plane de la toile ou du bas-relief, l'immobilité des figures peintes ou sculptées, la suspension des actes dans le moment présent de leur représentation ne sont jamais que des leurres, car le notable en portrait, le cavalier sabre au clair, la coupe de fruits, les amants enlacés ou le pré sous la pluie, sont porteurs d'une histoire tragique, ridicule, éperdue, enthousiaste ou cruelle, dont il importe que nous soyons l'inventeur.
Mais à l'inverse, croire que le mouvement et le temps qui sertissent l'image cinématographique, l'emprisonnent, prétendre que les formes ainsi produites placent notre regard sous l'uniforme, pour résumer l'idéologie d'un Zagdanski ayant trop superficiellement parcouru Kafka, s'avère tout aussi erroné. Ce n'est pas l'objet d'art qui est limité ou trop riche, mais bien notre perception visuelle qui dans tous les cas n'est que parcellaire. Caillois dans L'écriture des pierres : "la vision que l'oeil enregistre est toujours pauvre et incertaine. L'imagination l'enrichit et la complète, avec les trésors du souvenir, du savoir, avec tout ce que laissent à sa discrétion l'expérience, la culture et l'histoire, sans compter ce que d'elle-même, au besoin, elle invente ou elle rêve."
vendredi 8 juin 2007
Cinéma paradoxal
Johnny got his gun, de Dalton Trumbo

Elephant man, de David Lynch
jeudi 7 juin 2007
Hypnose
Chacun sait très bien que ce n'est pas lui puisqu'il trouve tous ces produits sur le marché déjà dépouillés de toute leurs particularités.
1) les choses ont de l'esprit (et non pas une partie de l'esprit, mais tout l'esprit comme nous allons le montrer)
2) les gens ne peuvent pas voir que les choses ont de l'esprit parce que pour cela il faut de l'esprit et que les choses ont pris tout l'esprit." (Jean-Pierre Voyer)
Peau d'âne, de Jacques Demy
(Si vous êtes un habitué du Café, il vous est certainement arrivé d'aller vous perdre chez Jean-Pierre Voyer, si ce n'est pas le cas, il n'est pas trop tard).

